Nous vous proposons ci-dessous la reproduction d'un article concernant la distribution du courrier à SCHILTIGHEIM, extrait de "VIVA CITÉ, LE JOURNAL DES QUARTIERS DE STRASBOURG" (n° 58 - mars/avril 2003) :
Le tri ne fait pas un pli
Avant de partir en tournée, les facteurs du centre de distribution du courrier de Bischheim trient 70 000 lettres par jour. Un travail minutieux qui réclame beaucoup d'organisation.
Il est 5 heures 45. Il fait encore nuit noire dans les rues de Bischheim. Pourtant, dans la zone industrielle, le parking du centre de distribution du courrier de La Poste est déjà à moitié occupé. Sur le papier, les 68 salariés en charge du secteur de Bischheim-Schiltigheim-Hoenheim commencent leur journée à 6 heures 15, mais beaucoup devancent l'horaire.
Le lève-tôt de l’équipe est Éric Weinsanto. Ce facteur a toujours une heure d’avance. « Cela ne me gêne pas de me réveiller tôt, et puis ça arrange tout le monde, je m'avance dans le travail », explique-t-il. Avant de partir en tournée, le facteur doit trier les lettres. Le centre de Bischheim traite environ 70 000 objets par jour, dont 55 000 à destination des particuliers, en majorité des envois publicitaires.
Le courrier arrive par camion du centre de traitement. Les deux chefs d’équipe, Guy Ohl et Jean-Marc Charpiot, procèdent à un comptage rapide afin de déterminer le nombre de facteurs à affecter aux différentes tâches. Ils séparent aussi les lettres destinées aux ménages des cedex (courrier d'entreprise à distribution exceptionnelle).
Le hangar est divisé en trois zones. Au fond de l'entrepôt, la « cabine » accueille les lettres recommandées. La partie droite du bâtiment est occupée par les 300 boîtes postales du cedex. La troisième zone est affectée au « courrier ». C'est là que sont triées les lettres simples.
La première heure d’activité est consacrée au tri général. Il s'agit de classer le courrier par tournée, c’est-à-dire par quartier de distribution, et de le faire à la même cadence. « C’est le seul moment de travail collectif, or les agents sont très individualistes », explique Daniel Martin, le directeur de l’établissement. Les facteurs ont l'habitude de gérer leur tournée de manière autonome, à leur rythme. Cette première phase réclame beaucoup de coordination. Un facteur ne peut pas se permettre de mettre en retard un collègue en passant trop de temps sur le tri général.
1500 lettres par heure
Les agents ont dû mémoriser environ 400 noms de rues correspondant aux 39 tournées. Le geste est sûr, presque mécanique. En un clin d’oeil, ils identifient l’adresse et placent la lettre dans la bonne case, sans même regarder l’étagère face à eux. En moyenne, ils traitent 1 500 lettres en une heure. Pas le temps de discuter, la tâche demande de la concentration. Chacun y arrive à sa façon, comme cette factrice qui écoute son walkman.
7 heures 30, un coup de klaxon retentit : c’est le boulanger qui vient vendre des viennoiseries encore chaudes. L’occasion d’une pause pour les salariés.
La deuxième phase, c’est le « coupage ». Il s'agit, une fois que le facteur a récupéré le courrier de sa tournée dans les cases du tri général, de ventiler les lettres par numéro de rue. Quand il a affaire à des immeubles, il procède au « piquage » qui lui permet de regrouper le courrier par destinataire.
36 facteurs à vélo
8 heures 10, la voix de Guy Ohl retentit au micro : « Appel pour Bischheim, temple protestant. » Une lettre a été mal dirigée, elle doit être récupérée par le facteur ad hoc. Le chef d’équipe continue : « On peut faire la réunion ce matin ou pas ? » Les « non » fusent. Les agents ont trop de travail. « Sinon, on la fait dimanche matin. » Cette fois-ci, ce sont des rires qui accueillent la proposition. « Bon, mardi matin sans faute », tranche Guy Ohl. Il s’agit d’exposer aux agents la stratégie de La Poste concernant son ouverture prochaine à la concurrence. « Il est primordial de communiquer en permanence avec les salariés. Je les prépare aux futurs changements de l’entreprise », précise le directeur.
Le syndicalisme d'hier semble ne plus faire recette à Bischheim. Sur le panneau syndical situé en plein milieu du hangar, les tracts les plus récents datent de 2001. Cette désaffection s'explique peut être par le fait que près de la moitié des agents sont des contractuels et non pas des fonctionnaires.
8 heures 15, la partie publique du centre de distribution ouvre. Les entreprises détentrices d’une boîte postale viennent chercher leur courrier. Certaines le reçoivent à domicile : les personnes en charge du cedex quittent donc le centre pour une tournée d’une heure.
8 heures 20, l’activité de la « cabine » augmente. Les facteurs prennent, contre signature, les objets recommandés qui sont flashés à l’entrée et à la sortie du centre.
8 heures 30, plus rien ne traîne. A la place, commencent à apparaître les vélos. Les facteurs sont prêts à partir en tournée. C’est le signe que le centre de distribution a bien rempli sa mission : tout le courrier entré le matin est sorti et sera bientôt distribué. Petit à petit, les facteurs quittent le site. Sur les 39 tournées, une seule est assurée entièrement en voiture.
Deux associent voiture et vélo, les 36 autres se font exclusivement en deux roues. « Ils sortent par tous les temps, explique Daniel Martin, ils ne râlent jamais, et pourtant, ils font un travail très dur. Ils sont vraiment admirables ».
Cécile CHALANCON